
Comparez avec la France de Macron…
Par Jean-Paul Brighelli.

Brighelli s’amuse évidemment à provoquer, peut-être choquer, tels ou tels lecteurs. Il joue à l’immoraliste. Mais c’est pour affirmer une vérité qui a toujours valu depuis que le monde est monde : la morale politique consiste avant tout en la recherche du Bien Commun, autrement dit à servir « l’intérêt supérieur du pays ». Cet article est paru dans Causeur, le 20 juillet. — Je Suis Français
Nous savions depuis lurette, chez Causeur, que notre chroniqueur avait une morale équivoque. Voilà qu’il appert (du verbe apparoir, trop peu utilisé) qu’il n’a pas de morale du tout: loin de condamner la résolution de Marine Le Pen de se présenter alors qu’un tribunal l’a condamnée, ce qui fait hurler la gauche, qui comme chacun sait ne compte que des petits saints dans ses rangs, il appelle de ses vœux un candidat parfaitement dégagé des diktats de la vertu.
Le procureur général auprès de la Cour de Cassation, François Molins, s’indigne dans un article de La Croix que Marine Le Pen ose se présenter aux suffrages des Français après avoir été condamnée pour des faits délictueux. Un(e) président(e) doit « être exemplaire » écrit-il. La décision des juges, rajoute-t-il, « permet de souligner la nécessaire dignité de la fonction politique dans une démocratie représentative où les citoyens élisent leurs représentants au suffrage universel et où ce ne sont pas les citoyens qui gouvernent mais leurs représentants élus. C’est donc l’intérêt des citoyens que ceux qui vont gouverner soient des personnes honnêtes et vertueuses. »
Vertueuses ! Le gros mot est lâché !
Dans son dernier numéro, le magazine Marianne propose un jeu de l’été original : « Choisissez votre champion de l’Histoire de France ». Et de soumettre au vote des lecteurs 32 candidats au titre de « meilleur représentant historique de la classe politique ». Le jeu se veut sérieux — Marianne n’a inclus ni Hollande ni Macron. Pour satisfaire tout le monde, il y a Danton et Robespierre, Jeanne d’Arc et Catherine de Médicis…
Mon préféré, et de très loin, c’est Mazarin. Oui, Giulio Mazarini, l’Italien fourbe, l’immigré, Premier ministre du jeune Louis XIV, amant puis mari de la reine Anne d’Autriche. L’homme qui a écrasé la Fronde, qui a remporté la Guerre de Trente ans, et qui a manœuvré pour mettre les Bourbons sur le trône d’Espagne, réduisant à rien les prétentions des Habsbourgs.
Question morale, il n’était pas vraiment exemplaire. Arrivé en France parfaitement gueux, il laisse à sa mort plus de 70 millions de livres-or (ne cherchez pas, c’est incalculable) à ses nièces, faisant d’elles les plus riches héritières qui onques virent le jour en France. Et en sous-main, il abandonna 12 millions au jeune roi Louis, qui piaffait en sondant ses poches vides. 12 millions, et Colbert.
Le « Grand Siècle » ne fut grand que parce que se succédèrent au pouvoir trois génies : Richelieu, Mazarin et Colbert. C’était une époque terrible, soumise au petit âge glaciaire qui gelait les moissons en juin. Ni canicule, ni réchauffement climatique — juste l’inverse. Une famine une année, une épidémie l’année suivante. 12 millions de Français à la mort d’Henri IV en 1610, guère davantage, malgré une natalité surabondante, à la mort de son petit-fils Louis XIV en 1715.
Mais c’est sous Mazarin que l’armée française écrase les Espagnols à Rocroi ou à Lens. Que la flotte française lamine la Hollande. Que la Fronde, cette émeute générale des bourgeois et des nobles, est subjuguée. Que les finances sont en partie rétablies. Que les relations avec la Grande-Bretagne se remettent au beau fixe, grâce au mariage abracadabrantesque du frère homosexuel du roi, Philippe, avec sa cousine germaine, Henriette d’Angleterre. Que l’industrie reprend des forces. Et que le pouvoir suscite une formidable cohorte d’écrivains et d’artistes pour célébrer ses fastes.
Comparez avec la France de Macron…
Alors, abus de biens sociaux, peut-être : Mazarin s’était affecté à lui-même une quarantaine d’abbayes plus riches les unes que les autres dont il percevait les bénéfices. Mais c’est lui aussi qui institua l’opéra en France, en le faisant venir d’Italie, et qui lança les artisans-vitriers dans la confection de miroirs de grande taille qui ornèrent plus tard les murs de la Galerie des glaces, à Versailles — afin que le pouvoir s’y contemple chaque jour.
Il avait pourtant de splendides opposants, pas plus vertueux que lui. C’est son plus farouche adversaire, le cardinal de Retz, qui écrivait : « Je choisis de faire le mal par dessein, ce qui est certainement le plus criminel devant Dieu, mais le plus sage devant les hommes. » Ce devrait être la maxime de base de tous les gouvernants de qualité.
Ils pourraient au besoin s’inspirer des Considérations politiques sur le coup d’Etat, rédigées en 1639 par Gabriel Naudé. On y justifie toutes les trahisons des politiques au nom de l’intérêt supérieur de la France. Jamais la France ne fut plus intelligente.
La morale n’a rien à voir avec la politique. Le talent, oui. J’attends une personnalité qui sera un nouveau Mazarin, un nouveau Bonaparte, un nouveau Clemenceau. Et nous n’irons pas la chercher chez les robins, comme on disait jadis pour désigner les gens de justice, mais dans la chair vive du peuple. Pas dans la caste aujourd’hui au pouvoir, aujourd’hui tremblante à l’idée d’en être dégagée l’année prochaine, mais chez les obscurs, les sans grade, chez tous ceux qui ont le courage et l’envie de sauver la France. Les Italiens ont trouvé Giorgia Meloni, dont les décisions sans états d’âme me rappellent les beaux jours de Deng Xiaoping. Nous aurons Marine Le Pen, pourvu qu’une fois au pouvoir elle se dégage de toute obligation morale — ce boulet de la démocratie — et gouverne dans l’intérêt supérieur du pays.o■o JEAN-PAUL BRIGHELLI
Jean-Paul Brighelli
Agrégé de Lettres modernes, ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, Jean-Paul Brighelli est enseignant à Marseille, essayiste et spécialiste des questions d’éducation. Il est notamment l’auteur de La fabrique du crétin (éd. Jean-Claude Gawsewitch, 2005).


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Le propos est amusant, pour n’être pas nouveau : faut il préférer la droiture à l’efficacité est une question amplement discutée.
Pour autant, ce n’est pas une raison pour dire n’importe quoi, et salir la mémoire des morts. Certes, Mazarin était un proche d’Anne d’Autriche, mais aucun élément ne permet de dire qu’ils ont été amants, et encore moins mariés, ce qui est passablement ridicule.
Il est possible d’être provocateur tout en restant sérieux.
L’esprit de décision est aussi une vertu chrétienne. Il a joué tout son rôle pour l’éclosion des grands mystiques, des Saint: Jean de la Croix, Thérèse d’Avila, tous deux réformateurs, Thérèse de l’enfant Jésus, etc…Il joue aussi son rôle pour ceux qui sont dévoués au Bien public., mais les hiérarchies ne sont pas les mêmes . Si dans les deux cas il s’agit bien du combat avec l’Ange, leur domaine sont pas identiques, Rien n’est pire qu’un certain jansénisme, et un certain moralisme désincarné , qui estime que sa vertu propre encensée, le met au dessus de ceux qui ont en charge l’État, et donc s’arque boute sur ses privilèges, comme on l’a vu en 1788 par pur narcissisme…de classe.. Mais le vrai esprit de décision s’enracine dans .une inspiration chrétienne, et les filouteries de Mazarin doivent être remises en perspective des services rendus à la France, et à son Roi.Merci à Jean-Pierre Brighelli de remettre les compteurs à zéro..
Eh bien si ! La «morale» à TOUT à voir avec la politique. Les sophismes républicains autour du «sens de l’État» qui justifierait toutes les bassesses et trahisons remontent à ces satanés «politiques», cardinaux falsifiés de Richelieu et Mazarin, banquiers ayant accédé aux affaires d’État, tel Colbert et Macron. Je ne compare pas le minus rotschildien au «Grand Colbert», certainement pas, mais ils relèvent du même processus de désagrégation (calembour scolaire compris).
Seulement, depuis la Réforme et autres parpailloteries de cuisine, la haute morale a été démocratisée – le «libre examen», par exemple –, c’est-à-dire qu’elle a été faite relativiste : ce ne sont plus les réalités en elles-mêmes que l’on observe mais ce qu’elles représentent sous certains aspects, en considérations d’un quelconque historicisme et, surtout, du progressisme ; toujours en plus en marche à mesure qu’il avance.
Il est question de savoir si «le pouvoir est au bout du fusil» – auquel cas, s’inscrire toutes affaires cessantes aux Jeunesses communistes – ou si le pouvoir est soumis à une autorité qui le dépasse. C’est cette autorité supérieure que l’on en est venu à appeler vulgairement «morale», la vulgarité permettant de dévaluer tout ce qu’elle nomme à proportion de sa grossièreté.
Richelieu et Mazarin sont les pères fondateurs du «centralisme démocratique», de la Révolution française à 1945 (et sq.), en passant par le «matérialisme dialectique», dont toutes les notions autour du «sens de l’État» dérivent directement.
On me qualifiera de «rêveur» et/ou, indifféremment, d’«excessif»… J’oppose le fait que, vertigineusement en deçà de tout onirisme, les «politiques» sont des ILLUSIONISTES et, hypocritement modérés, ils justifient les «violences légitimes» par l’exercice du FLICAGE constitutionnalisé.
Monsieur Brighelli est un républicain, démocrate revendiqué et bonhomme de gauche assumé, il est très exactement logique qu’il soupire après n’importe quelle salade mazarine ; à «s’en outre» demander si le Mitt’rrand n’a pas poussé le même soupir dodu d’après l’coït, quand il fit prénommer sa fille adultérine.
Il y a eu la fronde quand même, cette résurgence vivace des révoltes nobiliaires, cette alliance contre nature des grands avec l’émeute. ( tradition en France?= Le sens de l’État , c’est aussi rappeler chacun à ses devoirs envers le bien public. La révolution française fut aussi partiellement une revanche nobiliaire , acquise souvent aux idées nouvelles, mais qui a dégénéré Le centralisme, certes avait avec ses défaut, mais il a doté la France d’une administration souvent admirable dans beaucoup de domaines au service du progrès technique (routes, canaux, agriculture , début d’industrialisation avec succès, armée, marine etc, tout héritage qui après 1789 a été mis au service de l’hubris révolutionnaire et gaspillé, massacré parfois! ( Napoléon compris), et dont on aurait pu en faire un tellement meilleur usage! Enfin, pas plus Richelieu que Mazarin, malgré leurs circonvolutions, n’ont détruit l’héritage chrétien, à charge à chacun de le préserver dans son domaine.