« La beauté sauvera le monde. »
Dostoïevski
Dans les jardins de Castel Gandolfo, un soir de cet été, après un concert de musique sacrée, le pape improvise le petit discours que voici, retranscrit du mieux possible.
« Aujourd’hui, nous vivons dans un monde où la beauté manque, très souvent.
Il y a tant de problèmes, de guerres, de conflits, de haine, de violence, de manque de travail et de nombreuses autres difficultés.
Avoir l’opportunité de se réunir à une occasion comme celle-ci est vraiment un très grand don, car cela nous rappelle qu’il y a quelque chose de meilleur et que l’homme et la femme, lorsque nous le voulons et que nous travaillons tous ensemble, peuvent offrir la beauté ; une beauté qui, venant du cœur, nous aide vraiment à nous élever vers Dieu.
Vous savez qu’il y a peu de temps, j’ai effectué un voyage apostolique en Espagne, dont le thème était : « Élever notre regard ». Élevons nos yeux, notre regard vers le Ciel. La musique, l’art, la beauté sont vraiment des instruments qui nous aident à nous tourner vers Dieu et à retrouver ce qu’il y a de meilleur dans l’être humain. »
Pape Léon XIV
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Ce qui s’oppose fondamentalement à ce que – pour placer la question de la beauté au niveau qui est le sien – il est impératif de désigner comme son EXERCICE, ce sont ce que l’on appelle les «questions sociales»… Du reste, Sa Sainteté formule textuellement l’opposition, quand il invoque les circonstances : « […] tant de problèmes, de guerres, de conflits, de haine, de violence, de manque de travail et nombreuses autres difficultés».
Cependant, tout royaliste doit viscéralement savoir que cette opposition société/beauté n’est pas irréductible aux temps qui sont devenus tels que nous les vivons.
La conception du royaume de France passe avant tout par l’inspiration de son origine divine, qui est son DROIT… Sans droit divin à être «AU monde», aucun royaume «DU monde» ne vaut d’être nommé royaume.
Tout royaume authentiquement légitime consiste à donner sur Terre le reflet [de la beauté] du Ciel.
Il s’agit là de Beauté, bien sûr, et, en toute simultanéité, de Bonté – ces deux termes sont rigoureusement synonymes ou, pour le dire énergiquement, IDENTIQUES.
Sans être hébraïsant, à la lecture du chapitre ouvrant la Genèse disant «Dieu vit que la lumière était bonne», on peut comprendre que la lumière est indifféremment conçue comme «belle». Avisant la bonté lumineuse, Dieu la sépare des ténèbres. Dès lors, la Terre connaît la singulière «beauté» de la succession du Jour et de la Nuit – la beauté du soir et du matin, qui écoule la journée. Tout ce qui suit du premier chapitre de la Genèse fait le compte des beautés-bontés de la Création et (du verset 6 au verset 26) il est exclusivement fait état des six jours de beauté-bonté suprême. Il est ainsi enfin écrit: «Voilà, c’était très bon.» (I, 26.)
Ensuite, temporellement parlant, nous nous éloignons de la Création et, par conséquence mesurée, progressivement, ce que Dieu a fait va en se défaisant, et ce, est-on enclin à devoir imaginer, jusqu’à ce que les ténèbres initiaux réabsorbent la lumière… C’est alors que – nécessairement, pourrait-on dire –, le processus divin reprendra, «comme au premier jour»…
«Cependant» – ici, l’adverbe est de strict temps –, à chaque instant qui passe, le processus divin se répète, car celui-ci est un éternel présent, sauf à ce qu’il fût cérébralement tenu pour passé (voire, philosophiquement conçu comme «dépassé»).
Le présent éternel, c’est la beauté-bonté, telle quelle (telle qu’elle). Mais le «présent», en son état actuelo-social de temps de conjugaison, se trouve fatalement contraint à n’être que du passé en puissance ou une mirobolante illusion de futur en devenir. Si bien que, au point de vue social de la «raison», la beauté ne peut être que passée ou promise à un «avenir meilleur» ; celle-ci ne saurait donc être actuelle.
Sauf que, «cependant», justement, chaque instant consacré à la divinité (c’est-à-dire, à l’action de prière) restitue à l’humain son origine divine et, par conséquent, rend toute action accomplie dans ce cadre-là (c’est-à-dire, «rituellement»), essentiellement BELLE.
Nous devons donc admettre que ce que l’on appelle «Fin des temps» peut être donnée comme une bienheureuse Apocalypse (c’est-à-dire, textuellement, une Révélation) – «Il n’y a plus de temps» (Ap., X, 6) –, ce qui entre dans la formule de Dostoïevski («La beauté sauvera le monde»), mais il faut l’entendre AU PRÉSENT : la beauté sauve le monde.
Et il en est ainsi, à chaque instant – pour peu que nous sachions le savoir. Moyennant quoi :
«Cherchez le royaume de Dieu ; le reste vous sera donné par surcroît.» (Matthieu, VI, 33.)
Hors la haute prière, pitoyables sociabilisés que nous sommes, le plus souvent, quels moyens «sociaux» avons-nous à notre disposition ? Sa Sainteté le dit enfin : «La musique, l’art, la beauté sont vraiment des instruments qui nous aident à nous tourner vers Dieu et à retrouver ce qu’il y a de meilleur dans l’être humain.»
Il ne suffit pas de l’entendre, ni de le répéter, mais de LE FAIRE, pour soi-même et pour les autres, par Charité bien ordonnée…