
Par Aristide Ankou.

Ô jeunesse, printemps de la vie !
Le centre d’une charmante petite ville de province, aux rues bordées de maisons à colombage, aux églises nombreuses et pittoresques, aux places accueillantes, avec ses terrasses de restaurant à l’ombre des arbres. Tout y respire la tranquillité et l’art de vivre à la française en ce chaud mois de juillet.
Pas de doute, me dis-je, nous sommes bien là au cœur de la France, non seulement géographiquement, mais surtout spirituellement, de cette France éternelle que le général de Gaulle comparait à une princesse de contes de fée ou aux madones aux fresques des murs. Et un léger sourire de contentement éclaire mon visage à cette pensée.
Ma rêverie est interrompue par des éclats de voix enfantins. Relevant la tête, j’avise deux jeunes garçons, une dizaine d’années tout au plus, qui, sur une placette devant une église, devisent avec la vivacité propre à leur âge. À cette distance je n’entends pas ce qu’ils se disent, mais je sens mon sourire s’élargir imperceptiblement.
L’enfance, c’est l’âge de l’amitié et des jeux innocents, l’âge de l’insouciance et de la naïveté, l’âge dont, parvenus au mitan de notre vie, nous gardons tous la nostalgie légère et tenace. De quoi donc parlez-vous, tendres bambins qui animez de votre babil ces rues paisibles ?
Alors que j’arrive à portée de voix des deux amis, je vois l’un d’eux qui enfourche son vélo et qui, pédalant avec une rapidité merveilleuse, disparaît par une rue adjacente, non sans avoir jeté très distinctement à son camarade resté en arrière : « Et bonne journée, hein, enculé ! »
L’autre ainsi interpellé, moins habile et sans doute gêné par un léger surpoids, démarre son vélo avec un peu de peine. Pendant cette opération, qui lui prend un peu de temps, il crie en direction de celui qui vient de partir : « Tu vas voir, bâtard, je vais t’enculer moi ! ». Et il ajoute « Inch’Allah tu te casses la gueule, fils de p*te ! »
Ô jeunesse, printemps de la vie ! Soyez bénis, enfants, vous dont l’âme est simple comme la fleur, vous dont les paroles, évoquant d’autres souvenirs à peu près pareils à cet instant délicat, provoquent en moi un doux ravissement.o ■o ARISTIDE ANKOU
* Précédemment paru sur la riche page Facebook de l’auteur, (le 3.8.2026).
Aristide Ankou












