
Par la rédaction de Front Populaire.
Cet article met puissamment en relief à quel point les intérêts divergent entre États européens, en opposition avec les ambitions toujours actives et obstinées du clan européiste et, naturellement, de la technostructure de Bruxelles, qui entendent imposer, à marche forcée, y compris par la guerre — du moins le croient-ils —, la marche vers la supranationalité. Cependant, dans tous les ordres, les obstacles se dressent, de plus en plus prégnants, de plus en plus forts, face à leur entreprise.— Je suis Français.
ARTICLE. Entre intérêts nationaux divergents et fractures idéologiques internes, la solidarité communautaire proclamée par Bruxelles a très vite montré ses limites face à l’afflux massif de migrants dans l’enclave espagnole.
Échec du premier test grandeur nature. L’eurocratie espérait que le pacte européen sur l’asile et la migration, entré en application le 12 juin dernier, allait enfin résoudre le problème de la gestion des flux migratoires dans l’Union européenne. La crise migratoire à Ceuta l’a vite rappelée à la dure réalité des intérêts nationaux. Du 30 au 31 juillet, près de 80 000 migrants venus du Maroc se sont introduits de force dans cette petite ville espagnole située sur la rive sud de la Méditerranée, à proximité du détroit de Gibraltar. En à peine 48 heures, l’enclave espagnole a vu sa population pratiquement doubler, submergée par des migrants, pour la plupart marocains, qui voulaient rejoindre les côtes européennes.
Les jours qui ont suivi, la plupart des migrants sont repartis, soit de leur propre chef, soit car ils ont été expulsés. De par sa situation géographique, Ceuta est soumis à un régime spécifique au sein de l’espace Schengen, et tout migrant doit se soumettre à des contrôles aux frontières avant de pouvoir rejoindre le continent européen. Les autorités espagnoles ont assuré qu’aucun migrant n’a réussi à pénétrer dans le reste de l’Union. Mais l’exécutif espagnol a eu beau vouloir se féliciter d’une situation « quasiment » revenue à la normale, plus de 5000 migrants, pour la majorité originaires d’Afrique subsaharienne, mais aussi quelque 1500 mineurs non accompagnés, sont toujours disséminés dans la ville. « La normalité n’est pas revenue », a dénoncé le président de Ceuta, Juan José Vivas. Ce lundi 17 août, ce dernier a même menacé le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez de saisir la justice européenne. Pris en étau depuis le début du mois, celui-ci avait préféré dénoncer l’attitude « égoïste » de certains pays de l’Union.
Bras de fer entre Rome et Madrid
Il faut dire qu’en théorie, le pacte asile et migrations adopté il y a deux ans pour remplacer l’ancien système Dublin aurait dû mettre en branle la solidarité européenne pour répartir la charge ou pour porter assistance à Madrid. Mais il n’en a rien été. C’est le gouvernement italien qui a jeté le feu aux poudres en décidant, le 31 juillet, de suspendre temporairement le régime de libre circulation de l’espace Schengen dans les liaisons maritimes et aériennes avec l’Espagne. en réintroduisant des contrôles frontaliers ciblés sur les ressortissants de pays tiers en provenance d’Espagne. « Une mesure exceptionnelle, adoptée pour protéger la sécurité nationale et prévenir d’éventuelles répercussions pour notre Nation », s’est défendue Giorgia Meloni, se disant également « prête à soutenir toute initiative européenne d’appui aux institutions espagnoles nécessaire pour rétablir le plein contrôle des frontières extérieures de l’Union ».
L’annonce a fait grincer des dents à Madrid. Le gouvernement espagnol a dénoncé une mesure « injuste, contraire aux intérêts de l’Union européenne et discriminatoire à l’égard de la population espagnole ». Le 7 août, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a lancé un ultimatum à Giorgia Meloni, menaçant Rome de contre-mesures si elle ne faisait pas machine arrière d’ici 48 heures. « L’Italie n’accepte ni ultimatum ni impositions de l’extérieur en matière de sécurité nationale et de contrôle des frontières », a réagi le gouvernement italien. En conséquence, l’Espagne n’a même pas attendu le 9 août pour répliquer en annonçant la mise en place de contrôles aux frontières maritimes et aériennes pour les personnes en provenance d’Italie.
Fronde anti-Pedro Sánchez
La crise diplomatique ne s’est pas cantonnée à la côte méditerranéenne. Sous l’impulsion de Giorgia Meloni et de son homologue danoise Mette Frederiksen, vingt-deux dirigeants de l’Union européenne ont adressé, le samedi 1er août, une lettre à la présidence irlandaise de l’UE, au président du Conseil européen Antonio Costa et à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. « Nous ne pouvons permettre que des franchissements massifs et incontrôlés, l’instrumentalisation des migrations ou d’autres menaces hybrides donnent le sentiment qu’il est possible d’entrer illégalement dans l’Union européenne. Et qu’une entrée illégale puisse ensuite se transformer en séjour légal », ont écrit les signataires. Ce texte, non signé par la France ni le Portugal, a explicitement critiqué la politique migratoire de Sánchez, pointant notamment du doigt le vaste programme de régularisation de migrants lancé en janvier par le gouvernement espagnol. La décision fin juin de la Cour suprême espagnole interdisant les procédures de refoulement immédiat pour les personnes interceptées en mer a également été pointée du doigt.
Les tensions autour de la crise de Ceuta ne sont pas qu’une affaire d’intérêts nationaux. La crise migratoire a aussi fait éclater les fractures au sein de la gauche européenne. Les socialistes espagnols et italiens ont reproché à la Première ministre danoise Mette Frederiksen son alignement sur la droite de Giorgia Meloni et d’avoir accusé le gouvernement espagnol de créer un « facteur d’attraction » avec ses politiques migratoires. « La solidarité européenne ne peut pas être sélective », se sont indignés Peppe Provenzano, responsable des affaires étrangères du Parti démocrate italien (PD), et Javi López, membre du Parti socialiste espagnol (PSOE), dans une lettre envoyée le lundi 17 août au président du Parti socialiste européen (PSE), Stefan Löfven. Mais les sociaux-démocrates danois refusent d’infléchir leur ligne. Le 19 août 2026, le porte-parole des sociaux-démocrates danois, Rasmus Stoklund, a rétorqué : « Les sociaux-démocrates restent inébranlables dans leur engagement en faveur d’une politique d’immigration stricte. Nous devons garder le contrôle sur le nombre de personnes qui entrent au Danemark et en Europe. […] Cela ne changera pas simplement parce que quelqu’un nous écrit une lettre. »o ■o F.P.












