
L’Ukraine et la Moldavie sont candidates depuis juin 2022, quelques mois seulement après l’invasion russe en Ukraine. Ici, Ursula von der Leyen, Volodymyr Zelensky et António Costa, en avril 2026

L’OEIL DE BRUXELLES – Les Vingt-Sept s’apprêtent à ouvrir dès ce lundi le premier des six volets de négociations d’adhésion avec l’Ukraine et la Moldavie. Mais l’entrée des 40 millions d’Ukrainiens dans l’UE est encore une perspective lointaine.
« La journée est historique pour l’Ukraine et la Moldavie« , entame La Matinale européenne. « L’Union européenne réunira aujourd’hui [lundi 15 juin] la conférence intergouvernementale pour lancer formellement les négociations sur le premier ensemble de chapitres de négociation – le premier ‘cluster’ consacré aux fondamentaux (état de droit, démocratie, lutte contre la corruption », poursuit la lettre d’information quotidienne sur l’Europe.

Le feu vert a été décrété vendredi 12 juin lorsque « les ambassadeurs des 27 à Bruxelles ont entériné une position commune pour passer à la phase suivante des négociations« , relate Euronews. « C’est une reconnaissance de la détermination, du courage et du travail acharné dont ont fait preuve les deux pays pour faire progresser les réformes, malgré d’immenses défis« , ont déclaré le président du Conseil européen, António Costa, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, cités par France 24. Tous deux ont salué « une étape majeure » en vue de l’élargissement du bloc.
« Le processus avait été freiné pendant des mois. La Hongrie de Viktor Orbán s’opposait à la poursuite des discussions, bloquant toute avancée depuis 2024« , rappelle 20 Minutes. Mais « la situation a changé après l’élection de son opposant Péter Magyar, [ce qui] a permis de lever le veto et de débloquer l’ouverture des négociations. Une condition indispensable, car chaque étape nécessite l’accord unanime des 27 États membres« , explique le quotidien français.

Péter Magyar avait déclaré « qu’il ne donnerait pas son feu vert […] à moins que Kiev ne renforce les droits de la minorité hongroise de 70 000-80 000 personnes dans l’oblast de Zakarpattia, dans l’ouest du pays » [The Kyiv Independent]. Or le Premier ministre hongrois a annoncé le 3 juin être parvenu « à un accord global avec l’Ukraine concernant l’extension des droits linguistiques, éducatifs, culturels et politiques de la minorité hongroise« .
Six groupes thématiques et trente-cinq chapitres
« Comme nous l’avons dit, l’Ukraine fait ce qui est nécessaire, et il est important que l’UE tienne également sa parole. L’ouverture du premier ‘cluster’ représente un soutien politique et moral significatif pour notre État et notre peuple« , a réagi le président ukrainien Volodymyr Zelensky sur son compte X, cité par RTL.
« La Moldavie est prête à ouvrir tous les chapitres de négociations. Nous avons fait le travail, et nous continuerons à mettre en œuvre des réformes« , a salué de son côté la présidente moldave, Maia Sandu [France 24].

« L’adhésion à l’UE est un travail immense, minutieux et intense, qui repose sur deux piliers« , souligne toutefois France info. « Le pays candidat doit d’abord respecter les critères de Copenhague, c’est-à-dire être une démocratie stable, qui respecte l’état de droit et dispose d’une économie de marché fonctionnelle« , décrypte le média. « Vient ensuite l’adoption des ‘acquis communautaires’, l’ensemble des lois et des règles européennes« . Cela implique de « négocier 35 ‘chapitres’ couvrant tous les domaines, de l’environnement et l’agriculture à la justice et la sécurité, regroupés en six ‘groupes thématiques‘ », détaille le Kyiv Post.
L’agriculture pourrait être l’un des points les plus épineux, rappelle RTL, l’Ukraine étant parfois qualifiée de « grenier à blé de l’Europe« . « Son adhésion à l’UE pourrait donc représenter un véritable séisme pour les agriculteurs européens, car cela signifie la fin des droits de douane et des contrôles douaniers aux frontières« . D’autres « sujets d’inquiétude » seront aussi mis sur la table, comme « [l’]arrivée d’Ukrainiens dans les États membres » ou les « aides européennes redirigées vers Kiev« , poursuit France info. En tout état de cause, « tous les gouvernements ne sont pas convaincus par l’arrivée de Kiev« .

Un long processus
« Si Kiev souhaite une entrée dans l’Union européenne pour 2027 » [RTL], « cela ne signifie pas pour autant que ce pays déchiré par la guerre va rejoindre l’Union européenne de sitôt« , nuance le Kyiv Post. Il a « fallu six ans à la Croatie pour clore tous les chapitres avant son entrée en 2013, tandis que le Monténégro, qui travaille son dossier depuis 15 ans, n’a toujours pas intégré le bloc européen« , rappelle RTL.
D’ailleurs, les éloges des « responsables européens« sur « les efforts de réforme menés par l’Ukraine et la Moldavie » sont tempérés « par la déception que Kiev n’ait pas avancé plus rapidement sur les 10 réformes prioritaires convenues en décembre dernier« , commente The Guardian. « Dans les couloirs de Bruxelles, on fait miroiter 2030 aux Ukrainiens, mais le processus pourrait même se terminer en 2040 » [RTL].
Cependant, « les Ukrainiens et leurs soutiens préviennent que Bruxelles pourrait perdre la bataille morale avec Moscou si elle ne respectait pas sa promesse » [France info]. « L’un des atouts de l’UE est son pouvoir d’attraction. Ne pas répondre aux aspirations du peuple ukrainien – qui se bat pour cela – serait une faute morale et ternirait son image« , avance Tinatin Akhvlediani, du groupe de réflexion Centre for European Policy Studies.

Quant au dossier moldave, il comporte « une difficulté de taille« , rappelle RFI : « une partie de son territoire, la Transnistrie, échappe complètement au contrôle de la capitale, Chisinau, depuis plus de trente ans. Ainsi, les réformes ne s’appliqueront pas à cette région séparatiste, soutenue par la Russie, qui couvre un peu plus de 10% du territoire« .
Quoi qu’il en soit, « la reprise des négociations marque […] un véritable progrès pour l’Ukraine. Avec sa guerre, Vladimir Poutine a réussi le contraire de ce qu’il souhaitait : il voulait que l’Ukraine redevienne un satellite de la Russie, mais aujourd’hui Kiev toque à la porte de l’Otan et de l’Union européenne » [RTL]. ■ o J.-P. S.












C’est la destinée des Empires , quel que soit le nom qu’ils peuvent emprunter : l’expension jusqu’au point où les forces centrifuges se font jour, annonciatrices de la prochaine dislocation.
Voilà qui peut rassurer .
Et ce sera au nom de la liberté car la chimérique UE en est au point de devenir répressive .