
« … les très nombreuses relations du couple Epstein-Maxwell, dont beaucoup tremblent. »
Par Antoine de Lacoste.
Olivier Colom, fut conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy puis fut recruté par la banque Edmond de Rothschild, comme nous l’avons indiqué dans notre précédent article. C’est lui qui, en 2013, introduisit Jeffrey Epstein auprès d’Ariane de Rothschild. Rappelons que c’est le diplomate norvégien Terje Rod-Larsen qui fit l’intermédiaire entre Epstein et Colom.
La relation avec la banque franco-suisse Edmond de Rothschild fut très fructueuse pour le pédophile grâce surtout à Ariane de Rothschild qui va tomber sous son charme sans que l’on comprenne vraiment pourquoi. Rien ne sera rationnel dans cette relation, sauf si l’on considère que beaucoup de chemins mènent à Israël, ce qui donne alors une grille de lecture plus vraisemblable que le charme irrésistible du pédophile auquel on ne peut que succomber. S’il y en a encore pour y croire…

Ariane de Rothschild a un parcours peu commun. D’origine allemande, Ariane Langner est née au Salvador en 1965. Après un MBA aux Etats-Unis, elle travaille dans des salles de marché à New-York, en Australie puis à Paris pour l’assureur américain AIG. C’est là qu’elle fait la connaissance de Benjamin de Rothschild qu’elle épouse en 1999. Benjamin est le fils unique d’Edmond, le fondateur de la banque. Elle monte rapidement dans la hiérarchie, dirige les activités non bancaires du groupe (vin, hôtellerie) puis la banque. En 2015, elle devient présidente du comité exécutif du groupe. Il s’agit d’une ascension étonnante pour quelqu’un qui n’est pas un Rothschild de naissance. Benjamin meurt en 2021, Ariane devient propriétaire et directrice générale de l’ensemble du groupe. Ce sont les « Epstein files », ceux diffusés en janvier 2026 notamment, qui vont cruellement mettre en lumière ses liens avec Epstein.
De 2013 à 2016 plus de 5500 courriels furent échangés entre le délinquant sexuel et la banquière. Rappelons que les premiers ennuis judiciaires d’Epstein remontent à 2008 et sont parfaitement visibles sur internet.
Durant cette période, 45 millions de dollars de commissions lui sont versées conjointement par la banque et un milliardaire canadien, Mortimer Zuckerman, pour des conseils successoraux. Tous les experts sont unanimes pour juger ces sommes disproportionnées, mais nous avons constaté maintes fois que c’est toujours ainsi. Il convient d’ajouter 25 millions de dollars suite à un contrat passé entre la banque et Southern Trust, société d’Epstein pour des « analyses de risque » dont on aimerait bien connaître la teneur. Le contrat fut signé par Ariane elle-même.

Les relations étaient si fortes entre les deux, qu’Ariane fit au moins un séjour sur la fameuse île des Caraïbes d’Epstein, Little Saint James, en novembre 2014. Le plus fort est qu’elle y emmena trois de ses filles, toutes adolescentes. Certes, il avait été condamné pour sollicitation de prostitution et non pour viol sur mineures (un scandale de plus) mais tout de même ! Il tentera d’ailleurs par la suite de faire entrer l’une d’elles à l’université de Columbia mais n’y parviendra pas.
Dans notre précédent article, nous avons parlé des liens étroits existant entre Epstein et l’ancien premier ministre israélien Ehud Barak. Selon les derniers documents mis enfin en ligne par le DOJ (Département de la justice) le 30 janvier dernier (il en manque encore beaucoup !), Epstein a organisé une rencontre importante entre Barak et Ariane de Rothschild en 2014. Ils ont beaucoup de choses en commun, en particulier les ennuis judiciaires de leurs banques respectives pour évasion fiscale et blanchiment. La banque Edmond de Rothschild et son confrère la banque Julius Baer sont en effet au cœur d’une vaste enquête de la justice suisse et l’étau se resserre inexorablement. Les deux établissements cherchent à négocier.

Or, Ehud Barak vient de rejoindre Julius Baer. Olivier Colom commente ce recrutement à travers des courriels échangés avec Epstein, où pointe le regret que l’Israélien ait préféré rejoindre Baer plutôt que Rothschild. Ce n’est pas grave pour Epstein qui a ainsi deux amis dans deux banques différentes. Il jouera les intermédiaires avec les autorités helvétiques et la Banque Rothschild ne paiera finalement que 45 millions de dollars d’amende, ce qui paraît absolument dérisoire compte tenu de la gravité et de l’ampleur des fraudes constatées : ce sont des milliards de dollars qui ont échappé au fisc américain.
Il est maintenant établi que le duo Epstein-Ehud Barak a travaillé pour aider Israël. La banque Rothschild a été plus discrète et s’est souvent contentée de financements indirects par le truchement de Southern Trust, la société d’Epstein. Plusieurs enquêtes menées par l’excellent site Drop Site News apportent des éléments intéressants à partir du dépouillement des millions de documents « Epstein files » maintenant disponibles. Le titre de l’un des articles est très clair : « Jeffrey Epstein a courtisé la banque Rothschild pour financer l’empire des cyberarmes israéliennes ». En revanche, l’article n’apporte pas la preuve que la banque Rothschild a directement financé des cyberarmes israéliennes.
La société américano-israélienne Carbyne Ltd, spécialisée dans les systèmes d’interventions rapides de géolocalisation de données, a ainsi été financée à ses débuts par Barak et Epstein, mais Rothschild n’apparaît pas.
« Une affaire qui concerne surtout les Etats-Unis d’Amérique »
Quand Emmanuel Macron a déclaré, le 9 février dernier, que l’affaire Epstein était « une affaire qui concerne surtout les Etats-Unis d’Amérique », beaucoup lui ont reproché ce propos. Il n’est pourtant pas si éloigné de la vérité, sous réserve bien sûr de la publication ou de l’exploitation de nouveaux documents qui infirmeraient cette réalité.
Certes, plusieurs éléments et plusieurs personnes importantes sont Français dans cette affaire tentaculaire et, peut-être, unique.
Il y a tout d’abord le gigantesque appartement d’Epstein (800 m2), situé avenue Foch, à Paris, où il recevait ses proies. Il y a également l’organisation de nombreuses fêtes à Saint-Tropez. Le pédophile y participait ou en organisait dans de somptueuses villas louées plusieurs centaines de milliers d’euros la semaine ou le mois. Des affaires s’y sont peut-être nouées, mais nous n’en savons rien à ce stade. Ce qui est établi, ce sont des frasques festives et sexuelles sans fin, des participants qui savaient très bien ce qu’ils allaient trouver et des mannequins venus du monde entier avec une prédilection pour l’Europe de l’Est.
Peu de noms ont filtré et ils n’ont pas grand intérêt dans le cadre de notre enquête, comme l’Italien Flavio Briatore, directeur d’une écurie de formule 1. La malheureuse Virginia Giuffre (dont nous avons parlé dans un précédent article) a affirmé y avoir été violée par le propriétaire français d’une chaîne d’hôtels, mais elle ne se rappela pas son nom et son « suicide » très opportun empêchera sans doute de dévoiler son identité, comme celle d’ailleurs de beaucoup de clients d’Epstein.
Deux hommes ont joué un rôle important comme « rabatteurs » de mannequins. Tout d’abord Jean-Luc Brunel. Il était la plaque tournante française du réseau sexuel d’Epstein, un de ses plus proches assurément. Lui aussi s’est opportunément suicidé en prison. La justice française clôtura alors le dossier mais vient de le rouvrir, gênée de sembler pressée de ne pas vouloir connaître la vérité.

Le deuxième homme est Daniel Siad. D’origine kabyle, il avait la double nationalité suédoise et algérienne. Depuis quelques mois, il vivait en France, à Colombes. Le 20 juillet dernier, il a été retrouvé mort à son domicile, sans trace de coup. Son avocate plaide son innocence et affirme que son client « se sentait en danger ». Une enquête est en cours sur les causes de sa mort et l’on attend toujours d’en savoir plus. Lui aussi s’occupait de mannequins et travaillait comme rabatteur pour Epstein.
Des activités françaises donc pour notre prédateur, mais à ce stade, aucune trace d’hommes d’affaires importants tenus par des frasques sexuelles ou faisant partie d’un groupe pro-israélien type Mega Group.
Certes, il y a Jack Lang, le parasite en chef de notre chère et vertueuse république. Epstein lui a souvent permis, ainsi qu’à sa fille, de vivre à ses crochets, ce qui est la marque de fabrique de ce lamentable individu. Pour autant, aucune activité stratégique intéressante ne peut être relevée.
Il faut maintenant conclure cette série d’articles, même si beaucoup reste à apprendre.
L’affaire Epstein est une affaire américano-israélienne. Les Maxwell, père et fille, travaillaient certainement pour le Mossad, et rendaient nécessairement des comptes à la CIA. Epstein fut un instrument ou un agent, nous penchons pour la deuxième solution.
C’est une bonne raison pour que beaucoup de secrets soient encore bien gardés. o■o ANTOINE DE LACOSTE (Fin)

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