
Par la rédaction de Front Populaire.
Cet article met puissamment en relief l’obsolescence de l’idéologie européenne, à ne pas confondre avec la réalité de la communauté de civilisation née au long fil des siècles passés entre les nations d’Europe, que ce soit dans la paix ou même à l’occasion de leurs confrontations. Nous connaissons bien, à JSF, pour les avoir souvent entendu réciter par Gustave Thibon, les vers, aujourd’hui puissamment ridicules, de Victor Hugo, évoqués dans cet article — paru hier. Nous en reproduisons un extrait en fin d’article, pour votre plaisir et pour le nôtre*. Je suis Français.
ARTICLE. Le candidat Renaissance a dévoilé sa grande stratégie, qui est aussi son grand rêve, pour faire face à ce qu’il est désormais d’usage d’appeler le « retour des empires » : la création d’ « États-Unis d’Europe » censés faire du Vieux continent la « première puissance mondiale ». Une sorte d’Europe fédérale barbouillée de vernis hugolien, et dont la suite logique est toujours l’effacement de la France.
Pour ceux qui auraient réussi à esquiver les scories médiatiques de sa campagne, Gabriel Attal est candidat à l’élection présidentielle. Et entre deux tentatives de communication politicienne – comme son « opération 1000 bistrots » lancée en grande pompe le 10 septembre dans une très cossue brasserie du VIe arrondissement parisien –, il dévoile des pans de son programme. Comme celui-ci, affiché ce jeudi 17 septembre à Reims : la conviction que la création d’ « États-Unis d’Europe » est « notre chance » face « aux puissances américaine, chinoise et russe ». Pour l’ex-Premier ministre, l’Europe actuelle se traine « des boulets aux pieds » et reste trop fragmentée pour faire le poids face aux géants de ce monde. « Le temps de la vassalisation heureuse est révolu », assène-t-il, apparemment fier de cette formule vaguement gaullienne qui contredit l’ensemble du bilan international et européen d’Emmanuel Macron, auquel Attal a pourtant largement contribué. Et le candidat, 37 ans, d’asséner : « Je considère que la grande mission de ma génération est d’accomplir le rêve européen et de faire naître les États-Unis d’Europe. »
Les États-Unis d’Europe, donc. La formule n’est évidemment pas de Gabriel Attal, mais vient de Victor Hugo et de son célèbre discours de 1849, en ouverture du Congrès international de la paix. Une prestigieuse référence que l’on croyait désormais reléguée à des bibliothèques poussiéreuses et aux esprits de rêveurs acharnés à Bruxelles. Loin de n’être qu’une précoce prophétie européiste, les « États-Unis d’Europe » est une idée largement malmenée par sa postérité – laquelle, comme le rappelle Michel Onfray, a bien vite oublié la suite du discours d’Hugo et le fait que pour l’écrivain, cette supranationalité avait pour vocation première de « donner le bon exemple aux peuples encore barbares » d’Asie et d’Afrique et d’ « apporter la civilisation à la barbarie ». Nous sommes alors il y a près de deux siècles, à l’aube de la Seconde République et du Second Empire colonial français. Autres temps… mêmes mœurs ? Gageons que non : chez Gabriel Attal, le catéchisme hugolien passe invariablement au micro-ondes de l’Europe maastrichtienne.
Le rêve d’Attal est différent de celui de Hugo, d’une société sans armes ni frontières illuminant le monde « barbare » de sa civilisation. Mais pas mieux inspiré. Le candidat, adepte lui aussi du « en même temps » souhaite non pas « la création d’un pays unique », mais d’un État unique – c’est-à-dire ni plus ni moins que l’Europe fédérale que souhaite la Commission von der Leyen. Plus précisément : « une fusion économique et écologique d’abord entre un noyau dur de pays européens » qui n’est pas sans rappeler le « manifeste pour une autre France » de Bruno Le Maire. Fin août, l’ancien locataire de Bercy appelait, du haut de son bilan calamiteux à la tête des finances françaises, à mettre en place une fédération de six États-nations enfin libérée des pesanteurs de l’Europe à 27…
À rebours de la tradition européiste reposant sur la méthode, héritée de Jean Monnet et de Robert Schuman, dite « des petits pas », c’est-à-dire de la construction européenne partant de l’économie pour aboutir au politique (puis au post-politique…), Gabriel Attal souhaite partir du politique, ou en tout cas de ce qu’il en reste. En l’occurrence, par l’intermédiaire du « premier référendum européen » – le référendum (trahi) de 2005 étant en effet un référendum national – qui permettrait, en cas de victoire du “oui”, la « disparition totale des frontières économiques » entre les États concernés. « Les compétences régaliennes resteraient à la main des États », précise Attal. Voilà qui serait presque rassurant. Mais toujours moins que les sondages à date, dont celui d’Ipsos-BVA du 13 septembre qui crédite Gabriel Attal d’entre 6% et 15,5% des voix au premier tour (en fonction des scénarios), c’est-à-dire pas assez pour accéder au second. Ouf ! o ■o F.P.


* Il s’agit de « Lux », de Victor Hugo, écrit à Jersey en septembre 1853 et placé à la fin des Châtiments. C’est une grande vision prophétique d’une humanité future pacifiée, que Hugo appelle notamment la « République universelle ».
L’Europe en rougissant dit : — Quoi ! j’avais des rois !
Et l’Amérique dit : — Quoi ! j’avais des esclaves !
Science, art, poésie, ont dissous les entraves
De tout le genre humain. Où sont les maux soufferts ?
Les libres pieds de l’homme ont oublié les fers.
Tout l’univers n’est plus qu’une famille unie.
Fêtes dans les cités, fêtes dans les campagnes !
Les cieux n’ont plus d’enfers, les lois n’ont plus de bagnes.
Où donc est l’échafaud ? ce monstre a disparu.
Tout renaît. Le bonheur de chacun est accru
De la félicité des nations entières.
Plus de soldats l’épée au poing, plus de frontières,
Plus de fisc, plus de glaive ayant forme de croix.
etc. etc.











