
La maquette du projet d’avion de combat de nouvelle génération franco-allemand avait été dévoilée au salon international de l’aéronautique et de l’espace de Paris, au Bourget, en 2019

L’OEIL DE BRUXELLES – Il devait incarner les ambitions européennes en matière de défense. Le Scaf, qui devait donner naissance à l’avion de combat du futur, ne verra finalement pas le jour. Miné par les tensions industrielles entre Dassault et Airbus, le projet s’est enlisé jusqu’à son abandon par la France et l’Allemagne.
Fin de partie pour le pilier central du Système de combat aérien du futur (Scaf). « La France et l’Allemagne ont décidé d’abandonner le projet d’avion de combat commun Scaf« , entame Le Monde, qui se fait l’écho d’informations communiquées par le gouvernement allemand lundi 8 juin. Le chancelier allemand, Friedrich Merz, « devrait annoncer mercredi lors de l’inauguration du salon aéronautique de Berlin (ILA) la fin du programme franco-allemand« , selon La Tribune.

« Lancé en 2017 par Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel, rejoint par l’Espagne deux ans plus tard, le Scaf est un système qui comprend non seulement un avion mais aussi des drones reliés entre eux par un système de communication numérique innovant, ‘un cloud de combat’« , rappelle Sud Ouest. Il avait « pour ambition de remplacer le Rafale en France et l’Eurofighter en Allemagne et en Espagne à l’horizon 2040, dans l’objectif de renforcer l’autonomie stratégique du continent européen« , explique Le Huffington Post.
Des désaccords profonds entre industriels

« Ce projet de plus de 100 milliards d’euros […] était autrefois présenté comme un symbole de l’unité militaire franco-allemande. Mais il a été miné par des années de conflits politiques et industriels« , constate la Deutsche Welle. « Depuis des mois, le projet d’avion de combat franco-germano-espagnol était en panne, sur fond de tensions germano-françaises et entre Airbus et Dassault« , contextualise France info, qui souligne qu’en février, « Friedrich Merz, avait déjà ouvertement douté de son avenir« .
« Bien que Dassault soit maître d’œuvre du futur avion de combat, Airbus, qui représente à la fois l’Allemagne et l’Espagne, disposait d’un poids équivalent aux deux tiers du programme. Dassault refusait cette gouvernance qu’il jugeait incompatible avec une direction efficace du projet« , explique BFM TV.
« L’impasse s’est aggravée l’été dernier lorsque Dassault […] a insisté pour prendre la tête du programme de construction du chasseur« , relate Politico. « Airbus serait considéré comme un sous-traitant ayant une visibilité limitée sur la conception, tandis que Dassault serait en mesure de sélectionner les fournisseurs, de décider de la répartition des tâches du projet et d’agir en tant qu’unique interlocuteur auprès des clients« , décrypte le média européen. « Ces tensions ont empêché le passage à la phase suivante du développement. Le programme est resté bloqué au stade des études technologiques (phase 1B), sans parvenir à lancer la conception d’un démonstrateur« , commente BFM TV.

Au-delà du différend industriel, Friedrich Merz avait également souligné que « le problème principal résidait dans le fait que les Français avaient besoin d’un avion de combat différent de celui de la Bundeswehr [l’armée allemande, ndlr.]« , selon la Süddeutsche Zeitung. Soit « un appareil capable de transporter des armes nucléaires et d’opérer à partir d’un porte-avions, ce dont la Bundeswehr n’a pas besoin pour l’instant« , avance Der Spiegel.
Tentatives de sauvetage
En début de soirée lundi, « l’Élysée a confirmé que les deux dirigeants avaient ‘chacun regretté l’impossibilité pour les industriels de s’entendre sur la continuation de ce projet' » [Le Monde]. Et pour cause : ceux-ci « se sont longuement et souvent entretenus des moyens de faire avancer ce projet important pour la défense européenne« , précise la présidence française, citée par BFM TV.
« Deux médiateurs, un de chaque pays, [avaient] été chargés en mars de présenter des propositions pour sauver l’initiative, mais ils n’y sont pas parvenus, tandis que le directeur de Dassault a insisté sur le fait que l’entreprise pouvait mener à bien le projet seule et ne souhaitait pas qu’il soit ‘cogéré’« , relaie The Guardian.

« En avril encore, Emmanuel Macron avait assuré que le programme n’était ‘pas du tout’ mort« , relève Le Monde. « Il n’y avait plus qu’Emmanuel Macron qui croyait encore à la survie du Scaf », avait réagi Cédric Perrin, le président de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des forces armées au Sénat, cité par le quotidien français.
« L’effondrement souligne la difficulté d’amener les pays européens à coopérer sur des programmes multinationaux complexes et coûteux, malgré les inquiétudes concernant la dissuasion de la Russie et la fiabilité de l’alliance avec les États-Unis« , fait valoir Politico.
Poursuite de la coopération sur le cloud de combat ?

Une coopération franco-allemande définitivement enterrée ? Pas tout à fait, à en croire Berlin. « D’après le gouvernement allemand, ‘le véritable noyau du Scaf doit être poursuivi’« , indique Le Parisien. « L’Allemagne et la France prévoient désormais de se concentrer sur un ‘cloud de combat’ reliant avions, drones et capteurs« , avance la Deutsche Welle.
Lors du prochain conseil des ministres franco-allemand, annoncé pour juillet en Allemagne, « les deux ministères de la Défense devront formuler un plan de travail commun centré sur un nombre limité de projets jugés réalistes et pertinents » [Le Monde].
« Paris a tenu à souligner que la France reste attachée à la coopération bilatérale en matière de défense et que ses autorités ‘continueront d’encourager’ les industriels et les armées ‘à rechercher les voies et moyens de projets européens ambitieux' » [Le Monde].
Pour autant, selon BFM TV, « l’Allemagne semble désormais vouloir développer ses capacités de défense de manière plus autonome« . Et de poursuivre : « cette orientation s’inscrit dans une forte hausse des dépenses militaires allemandes. […] Berlin paraît ainsi privilégier une stratégie nationale plutôt qu’une coopération complexe avec ses partenaires européens« .
Cette analyse corrobore les informations de La Tribune, selon laquelle, au salon aéronautique de Berlin, « huit groupes allemands [devraient annoncer] une alliance industrielle baptisée ‘Team Gen 6’« . « Objectif : développer un avion de combat européen de 6e génération« . o■ o J.-P. S.











