
En 2025 en Afghanistan, « les femmes et les filles étaient privées de presque tous leurs droits fondamentaux« , alerte Amnesty International dans son dernier rapport

L’OEIL DE BRUXELLES – Mardi 23 juin, une délégation de l’administration talibane a été reçue à Bruxelles pour discuter de la coopération en matière d’immigration. La presse européenne revient sur la polémique suscitée par cette visite inédite et le risque, selon les défenseurs des droits humains, de légitimer un régime liberticide.
« La visite n’était plus un secret depuis que la Commission européenne avait reconnu avoir envoyé une lettre, début mai, au régime taliban, au pouvoir à Kaboul, pour inviter une délégation officielle à Bruxelles« , entame Le Monde. Pour autant, cette rencontre avec l’exécutif européen ne manque pas de soulever la « polémique« , souligne L’Express.

« Une équipe de la Commission européenne et des représentants de 15 États membres – dont le Danemark, la Belgique et la Suède« , ont échangé avec une délégation de talibans dans la capitale belge, mardi 23 juin, « afin d’avancer sur des ‘questions techniques’ relatives à l’augmentation des expulsions vers l’Afghanistan« , relate El País. Cet événement est une « première » depuis « la prise du pouvoir par les talibans en Afghanistan en 2021« , poursuit le journal espagnol.
L’UE ne reconnaît pas formellement le régime des talibans comme autorité du pays. Pour L’Express, cette visite « vis[ait] [d’ailleurs] uniquement à traiter des questions migratoires ‘techniques’, et non des questions diplomatiques« . Pour permettre cette rencontre, tenue dans un lieu secret, la Belgique a dû délivrer cinq visas d’une durée exceptionnelle de 24 heures, restreints au territoire belge.
Un durcissement de la politique migratoire européenne

Cette invitation répond à une pression croissante de certaines capitales. En octobre 2025, 20 États membres de l’UE avaient adressé un courrier à la Commission européenne, lui demandant « de les aider à expulser les migrants ‘en situation irrégulière’ vers l’Afghanistan« , rappelle la taz. Pour justifier cette démarche, les signataires invoquent un argument, relayé par le journal allemand : « en 2024, 22 870 expulsions ont été ordonnées dans toute l’UE, mais seuls 435 Afghans sont retournés dans leur pays – soit un taux de deux pour cent« . La taz note par ailleurs que la Commission européenne « ne dispose d’aucun mandat officiel » pour mener ces discussions.
Pour El País, ce geste aurait été impensable il y a encore peu de temps, car « l’ONU a défini l’Afghanistan comme un ‘cimetière pour les droits de l’homme’« . Le journal espagnol affirme que cet épisode « symbolise […] le durcissement de la politique migratoire en Europe« .

Les défenseurs de cette initiative y voient au contraire une opportunité de renforcer la politique européenne dans ce domaine. « La capacité de renvoyer les personnes qui n’ont un droit de séjour légal est une pierre angulaire d’un système d’asile et de migration crédible et efficace, tant pour la Suède que pour l’Union européenne« , a ainsi affirmé le ministre suédois chargé de la Migration, Johan Forssell [Courrier international].
Un « scandale » pour les droits humains

Cette forme de pragmatisme se heurte à une vague d’indignation de la part de la société civile. The Guardian relaie la vive émotion de la lauréate du prix Nobel de la paix, Malala Yousafzai, qui rappelle que le régime taliban « a effacé les femmes et les filles de la vie publique« . « C’est absolument scandaleux et cela représente une perte totale de confiance et de crédibilité pour l’Union européenne, qui fait preuve d’un tel deux poids, deux mesures« , s’indigne également l’eurodéputé socialiste Juan Fernando López Aguilar dans les colonnes du journal britannique.
Celui-ci relève également que « la volonté des responsables de l’UE de coopérer avec les talibans […] contraste fortement avec le message du Parlement européen, où les députés ont à plusieurs reprises soutenu des résolutions condamnant le régime« .

Pour Malala Yousafzai, citée cette fois par El País, « l’Europe ne doit pas légitimer un régime responsable de l’une des pires crises des droits humains au monde« . Une crainte partagée par de nombreux militants des droits humains, relayés par The Guardian, qui craignent que la rencontre ne « normalise un régime qui a interdit aux filles de poursuivre leur scolarité au-delà de la sixième et qui a cherché à faire disparaître les femmes de la vie publique, alors que ses rangs comptent deux dirigeants accusés de crimes contre l’humanité« .o■ o J.-P. S.











