
Marine Le Pen prononce un discours lors de la Convention « Europa Viva 24 », organisée par l’extrême droite européenne, en mai 2024

L’OEIL DE BRUXELLES – L’ex-présidente du Rassemblement national a été condamnée en appel pour détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national, mardi 7 juillet. Dans la soirée, elle a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027 et un pourvoi en cassation.
« La France se réveille ce mercredi [8 juillet] les yeux encore embrumés« , écrit la BBC. « Beaucoup étant encore incrédules face au tumulte politique déclenché la veille par la figure de proue de la droite nationaliste, Marine Le Pen« , poursuit la radio britannique. « Condamnée mardi en appel dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national, la cheffe de file du Rassemblement national a annoncé dans la soirée sur TF1 sa candidature à l’élection présidentielle de 2027″, note La Libre.

« Oui, je suis candidate à l’élection présidentielle de 2027 et je ne me retirerai pas », a affirmé fermement Marine Le Pen [Yle]. « J’ai les mains propres« , a-t-elle également soutenu, malgré la confirmation de sa culpabilité par la cour d’appel de Paris. Les juges ont notamment estimé que les faits étaient« graves » parce que des fonds publics ont été utilisés pour rémunérer « des personnes travaillant en réalité pour le Front national » [Le Monde]. Ils retiennent aussi que ces détournements étaient destinés à « pallier les difficultés financières » du parti, devenu Rassemblement national en 2018.
La cour a ainsi condamné l’ex-cheffe de file du Front national à « trois ans de prison – dont deux avec sursis et un an sous surveillance électronique (mais comme un recours est en cours elle n’aura pas à le porter) –, à une amende de 100 000 € et à une peine d’inéligibilité de 45 mois, dont 30 avec sursis« [La Stampa]. Un « verdict complexe qui rouvre la porte de l’Élysée à Marine Le Pen tout en la refermant« , estime le quotidien italien.
Des peines allégées en appel

Marine Le Pen n’est pas la seule condamnée en appel. « Dix autres cadres du FN puis du RN, pour certains toujours élus, ont aussi reçu leur condamnation », résume Le Nouvel Obs, qui cite notamment le maire de Perpignan Louis Aliot, le député Julien Odoul, les eurodéputés Nicolas Bay et Catherine Griset, ou encore des figures historiques du parti comme Bruno Gollnisch ou Wallerand de Saint-Just.
« Mais les peines sont plus clémentes qu’en première instance », en mars 2025. « Les trois magistrates qui ont présidé le procès ont rendu un verdict permettant à Marine Le Pen de se présenter à l’élection présidentielle du printemps prochain« , considère Die Zeit. L’inéligibilité prononcée par le tribunal en mars 2025 a ainsi été « réduite à 15 mois – qu’elle a déjà purgés – les 30 mois restants étant assortis d’un sursis« , poursuit The Guardian.
Marine le Pen « a annoncé qu’elle allait [former un pourvoi] devant la plus haute juridiction française, la Cour de cassation », précise le quotidien britannique. Une démarche qui ne permettrait pas de rejuger les faits, mais de contrôler la bonne application du droit. En outre, cette décision « suspendrait de fait » l’exécution de la peine et « instaurerait une période pendant laquelle [Marine Le Pen] ne serait pas équipée d’un bracelet électronique« . « Ces dernières semaines, elle [avait] exclu à plusieurs reprises de faire campagne » si elle portait un tel dispositif, rappelle Die Zeit.
Hier, la cour d’appel a également déclaré avoir pris en compte « la liberté de choix de l’électeur, condition préalable à l’expression du suffrage démocratique« , ajoute The Irish Independent.
Des répercussions en Europe

« Nombreux étaient ceux qui prédisaient la fin de sa carrière politique« , estime la BBC. Mais « le nom de famille réapparaît dans la course à l’Élysée, comme cela a toujours été le cas en France (à la seule exception de 1981) depuis 1974, année où le patriarche Jean-Marie Le Pen avait obtenu un score peu flatteur de 0,75 % au premier tour« , pointe Corriere della Sera.
Dans son intervention hier soir, Marine Le Pen « a également promis de nommer Jordan Bardella Premier ministre si elle était élue première femme présidente de la France » [Yle]. « Nous proposons aux Français un duo, président et premier ministre, et ce duo est solide et animé de convictions très fortes« , a-t-elle affirmé [Politico]. Selon un sondage Ifop-Fiducial de juin cité par La Stampa, « Jordan Bardella est crédité de 35 à 37 % des voix au premier tour, devançant Marine Le Pen elle-même, qui recueille 32 % des intentions de vote« .
Et « cela inquiète les alliés européens« , juge la BBC. « Marine Le Pen et son protégé de 30 ans, Jordan Bardella […] sont tous deux eurosceptiques et loin d’être favorables à l’Otan, au financement militaire de l’Ukraine ou à une augmentation significative des dépenses militaires comme l’a promis Macron« .

« L’avenir politique de la France a des répercussions bien au-delà de ses frontières et les sondages indiquent que, malgré les obstacles, Marine Le Pen a de bonnes chances de devenir présidente. Même si sa victoire est loin d’être acquise« , assure le média britannique. « Ce qui reste incertain, c’est si Le Pen peut réussir là où elle a échoué à trois reprises, surtout avec le fardeau supplémentaire d’une nouvelle bataille juridique et d’une possible condamnation pénale définitive », nuance Politico. ■ o J.-P. S.











