
« L’annonce donne le vertige : 6 milliards d’euros d’investissements saoudiens, trois parcs d’attractions près de Cergy-Pontoise, 22 000 emplois annoncés et, au cœur du projet, l’univers de Dragon Ball Z. »
Par Vianney D’Alançon
Cette tribune est parue dans Le Figaro il y a presque un mois (26.8.2026), mais le sujet continue — à bon droit — d’être objet de débat, de polémique et, en fin de compte, d’indignation. Les Méridionaux, en particulier les Provençaux, connaissent et ont une sorte d’affection pour le château de La Barben, qui est au centre de cette tribune. La honte soit sur Emmanuel Macron, sa génération de politiciens et de gestionnaires sans mémoire, sans culture ni racines, sans patriotisme autre que facticement affiché et, de plus, sans vergogne. Livrer le Pays, dans tout ce qu’il a de plus profond, de plus ancien et de plus glorieux, à l’argent de l’étranger restera leur marque pour les générations à venir. Elle est infamante à nos yeux.— JSF
TRIBUNE – Ce lundi, Emmanuel Macron a annoncé la création de trois parcs d’attractions en Île-de-France, financés par l’Arabie saoudite. Mais ceux qui œuvrent pour préserver le patrimoine français ne bénéficient pas d’un tel soutien financier, déplore le fondateur du parc à thème Rocher Mistral.
Vianney d’Alançon est créateur du parc de spectacles historiques Rocher Mistral, propriétaire du château de La Barben et de la forteresse de Saint-Vidal, classés Monuments historiques et président de l’association Avenir Culture et Patrimoine.

L’annonce donne le vertige : 6 milliards d’euros d’investissements saoudiens, trois parcs d’attractions près de Cergy-Pontoise, 22 000 emplois annoncés et, au cœur du projet, l’univers de Dragon Ball Z. Je ne méprise ni les mangas, ni les parcs de loisirs, ni l’investissement étranger. Je souhaite la réussite de toute initiative qui crée de l’activité en France.
Mais comment ne pas mesurer le contraste avec ce que vivent ceux qui entreprennent pour faire revivre notre patrimoine ?
Depuis 2020, je porte un projet profondément français : sauvegarder le plus ancien château de Provence et raconter par le spectacle l’histoire de notre région, pour transmettre aux parents et aux enfants le goût de leurs racines. Un projet culturel, mais aussi économique, avec, à la clé, la création de 200 emplois et plus de 50 millions d’euros privés engagés dans l’économie locale.
Pourtant, chaque étape a été un combat : autorisations, urbanisme, exigences environnementales et patrimoniales, accès au site, recours et contentieux, auxquels se sont ajoutées de nombreuses attaques. Je ne demande aucun passe-droit. Mais respecter la loi ne devrait pas signifier se perdre durant des années dans des procédures contradictoires, sans calendrier clair ni interlocuteur capable de trancher.
La bienveillance de l’État face à l’ingérence culturelle de l’Arabie saoudite ne pose-t-elle pas question ?
Comment, dès lors, ne pas mesurer la gravité du contraste avec le traitement réservé à ceux qui veulent faire vivre la littérature française, enseigner les contes de Daudet, la poésie de Frédéric Mistral ou encore l’œuvre merveilleuse de Marcel Pagnol…
Le 30 août, le Rocher Mistral fermera ses portes pour dix-huit mois afin d’engager une nouvelle phase de restauration, nécessaire au château, que nous ne sommes pas parvenus à mener jusqu’à présent. Cette décision révèle aussi une réalité : celui qui investit son argent et son énergie pour sauver un monument historique doit trop souvent consacrer autant de forces à affronter le monde administratif, les lobbies et l’hostilité idéologique qu’à restaurer nos vieilles pierres.
Pourquoi l’Etat ne manifeste-t-il pas le même enthousiasme concret lorsqu’un entrepreneur français veut faire rayonner notre histoire et notre culture ? Pourquoi sait-on faciliter les projets géants, mais pas tracer une voie claire pour les initiatives enracinées dans notre histoire et nos territoires ?Vianney d’Alençon
Pendant ce temps, l’État se félicite d’attirer 6 milliards d’euros étrangers pour célébrer un imaginaire venu du Japon et refaçonné par l’Arabie saoudite. Pourquoi ne manifeste-t-il pas le même enthousiasme concret lorsqu’un entrepreneur français veut faire rayonner notre histoire et notre culture ? Pourquoi sait-on faciliter les projets géants, mais pas tracer une voie claire pour les initiatives enracinées dans notre histoire et nos territoires ?
J’ai sollicité à plusieurs reprises des responsables politiques et de hauts fonctionnaires afin qu’ils portent ce projet et nous aident à avancer. J’ai échangé directement plusieurs fois avec le président de la République, qui m’a assuré qu’il s’occuperait du dossier. Dans la foulée, une équipe de l’Élysée a été mandatée. Le résultat, lui, est certain : rien n’a bougé ; pire, le dossier s’est enlisé.
Chaque année apporte son lot de mauvaises nouvelles : nos monuments historiques s’effritent puis s’effondrent, tandis que nos spectacles historiques français sont attaqués. Si le projet saoudien aboutit, il sera la preuve que notre patrimoine, notre culture et notre littérature cèdent la place à une nouvelle culture et à un nouvel imaginaire…
Il s’agit de cesser d’opposer la France à ceux qui veulent la servir. Un pays qui déroule le tapis rouge aux récits venus d’ailleurs, tout en dressant un parcours d’obstacles devant les siens, risque de devenir le décor d’histoires conçues et financées par d’autres. o ■ o VIANNEY D’ALANÇON











