
Par Mathieu Bock-Côté.
COMMENTAIRE JSF — Cette chronique, parue dans Le Figaro de ce 27 juin, montre la persistance dans certaines familles – dont des familles juives – d’un profond sectarisme bien davantage que résiduel. Nous le leur laisserons. D’autres exemples attestent du contraire : le cas typique est celui de Serge Karslfeld – et de sa famille – qui après avoir passé sa vie à traquer les bourreaux de personnes de son peuple, se refusent à tout ostracisme – c’est du moins leur point de vue – envers le Rassemblement National. Quant à l’idée qu’il pourrait exister aujourd’hui un antifascisme non dévoyé, idée saugrenue, elle nous parait être un réflexe pour la symétrie, un réflexe de journaliste, une précaution, pour tout dire. Ce n’est guère important. On peut s’en agacer. En fait, ça n’en vaut pas la peine. Sur le fond, MBC a raison ! — JSF
CHRONIQUE – La petite fille de l’illustre historien, entré au Panthéon ce mardi, a annoncé que les représentants du RN n’étaient pas les bienvenus à la cérémonie. En revanche, elle n’a vu aucun inconvénient à s’afficher aux côtés de Jean-Luc Mélenchon et de l’état-major LFI.

C’est ce qu’on appellera un cafouillage commémoratif. Il s’agissait d’abord d’ouvrir les portes du Panthéon pour Marc Bloch. Rien de plus évident tellement l’homme est devenu le symbole du patriotisme le plus ardent, consentant au risque suprême, et connaissant la plus atroce des peines, par amour pour son pays, qu’il ne tolérait pas sous la botte étrangère, dont il n’acceptait pas la défaite. Mais il arrive que la descendance d’un homme ne soit pas à sa hauteur, et pour tout dire, qu’elle fasse honte au grand ancien dont elle se veut gardienne de mémoire.
C’est ce qu’on a compris quand Suzette Bloch, la petite fille de l’illustre historien, s’est voulue maîtresse de cérémonie en annonçant que les représentants du RN n’étaient pas les bienvenus à la panthéonisation. On pouvait y voir l’expression traditionnelle du front républicain, qui par définition, expulse du périmètre de la respectabilité ceux qu’il assimile à « l’extrême droite ». Ailleurs, on parle de cordon sanitaire. Dehors les scrofuleux, les pestiférés et les galleux ! Le RN avait déjà accepté de ne pas en être, non pas parce qu’il se reconnaît dans le portrait que ses ennemis font de lui, mais simplement par égard pour une famille malgré ses quelques éléments sectaires.
Apparemment, il est donc possible de privatiser les lieux de la mémoire nationale, et plus encore, de déchoir symboliquement de leur nationalité des millions de Français en en bannissant leurs représentants. Tout aurait pu en rester là, l’exclusion du RN et de ses électeurs n’étant pas chose nouvelle. Mais Suzette Bloch en a rajouté une couche cette semaine en expliquant que « le Rassemblement national, ce sont les héritiers de la Waffen-SS qui ont assassiné mon grand-père ».
Mémoire de l’antifascisme persistante
On connaît cette accusation – que Suzette Bloch ait fait carrière à l’AFP et qu’elle pose toute heureuse devant l’état-major LFI peut toutefois être considéré comme une clef explicative utile. On lui demanderait de documenter cette affirmation qu’elle en serait bien incapable. On sous-estime à quel point la mémoire de l’antifascisme structure encore l’espace public français. Il suffit de peu de choses pour réactiver cet imaginaire, aujourd’hui retourné contre une population qui s’oppose au coup d’État démographique qu’on lui impose – cet imaginaire est relayé et réactualisé par l’usage constant du terme « extrême droite ».
Les hommes qui s’envolèrent pour Londres en juin 1940, se rassemblèrent le 11 novembre 1940 à l’Arc de Triomphe ou prirent le maquis pour constituer la Résistance étaient animés par une pulsion universelle : devant une conquête, on se défend
De bons historiens pourraient répondre que c’est faux, en rappelant que la création du FN n’est pas liée aux suites de la Seconde Guerre mondiale (faut-il vraiment rappeler, par ailleurs, qu’on trouvait chez ses fondateurs un grand nombre de résistants ?) mais à celles de la guerre d’Algérie, et que son émergence s’inscrit dans le contexte des années 1980, en tant qu’expression de protestation contre l’immigration de masse qui commençait. Il est possible toutefois que ses opposants assimilent l’opposition à l’immigration à la poursuite du nazisme par d’autres moyens.
Retour à Marc Bloch : pour comprendre son entrée en résistance, il faut peut-être se rendre en salle et voir le magnifique film La Bataille de Gaulle, bien mal servi par sa promotion, mais absolument bouleversant. On y comprend que de Gaulle, comme les autres résistants de la première heure, fut d’abord animé par un sentiment profond : le refus viscéral de la soumission de son pays, l’intransigeance existentielle devant la possibilité de sa capitulation.
Les hommes qui s’envolèrent pour Londres en juin 1940, se rassemblèrent le 11 novembre 1940 près de l’Arc de triomphe ou prirent le maquis pour constituer la Résistance étaient animés par une pulsion universelle : devant une conquête, on se défend (même si certains préfèrent se coucher). On aime rappeler qu’ils étaient de toutes tendances politiques mais que le patriotisme les liait. Il en est peut-être de même aujourd’hui, dans un contexte historique très différent. Des hommes qui ne s’entendaient sur rien découvrent qu’ils s’entendent sur l’essentiel : nos peuples ont un droit à la continuité historique.
Le péril n’est évidemment pas le même, d’autant qu’il devient insupportable de regarder le présent à la lumière exclusive de la Seconde Guerre mondiale avec sa dimension apocalyptique. Mais les sentiments humains traversent les époques et les hommes, toujours, savent reconnaître leur patrie en danger, au seuil de la dissolution. Qu’aurait pensé Marc Bloch en voyant sa petite-fille enamourée devant les militants de la fierté antifrançaise ? C’est parce qu’il se savait sous le regard de Clovis et de Jeanne d’Arc que de Gaulle a su tenir tête à ce qui se présentait comme l’inévitable défaite. C’est parce qu’ils se savent sous le regard du général de Gaulle et de Marc Bloch que certains sont prêts à risquer beaucoup aujourd’hui pour que la France demeure française.o ■ o MATHIEU BOCK-CÖTÉ

Les Deux Occidents, Mathieu Bock-Côté, La Cité, 288 p., 22 €. sdp












Suzette, pauvre bobo abrutie et aveuglée par ses relations toxiques et son milieu typiquement parisien.