
La Russie fait face à sa pire pénurie de carburant depuis 2009

L’OEIL DE BRUXELLES – Tandis que la guerre déclenchée par l’invasion russe de février 2022 est entrée dans sa cinquième année, la Russie fait face à de fortes tensions d’approvisionnement en carburant, causées par les attaques de drones de l’armée ukrainienne contre des raffineries et dépôts pétroliers
Après des attaques ukrainiennes visant les raffineries russes, Vladimir Poutine reconnaît « une certaine pénurie » de carburant, titre Le Monde. C’est « un aveu rare », commente Euronews.
Une crise « flagrante »

Selon les estimations citées par RFI, la crise touche désormais « 95% [des raffineries] du pays », représentant pour la Russie « sa pire pénurie de carburant depuis 2009 » [L’Indépendant]. Elle est « une conséquence directe des frappes [réalisées par des drones et missiles ukrainiens] sur les infrastructures énergétiques russes et en particulier ses raffineries », expliqueRFI.
À présent, « la crise est devenue tellement flagrante que Vladimir Poutine a dû la reconnaître, dimanche 28 juin, lors d’un entretien […] à la télévision d’État »[Le Monde]. Un aveu notable, alors que la Russie a tendance à minimiser les retombées causées par la guerre qu’elle mène contre l’Ukraine. Le Kremlin s’était gardé « de toute déclaration publique à ce sujet ces deux dernières semaines, période durant laquelle le manque de carburant était déjà criant ».
Dans la capitale russe, les tensions d’approvisionnement se voient dans les files d’attente aux stations-service. « Au centre-ville [vendredi soir], toutes les stations-services sans exception étaient prises d’assaut par des véhicules, environ une dizaine à chaque fois », rapporte RFI. La situation semble toutefois plus difficile encore dans d’autres régions, notamment dans le sud du pays. Krasnodar, territoire agricole « en période de récoltes et donc de hausse saisonnière de demande de carburants, doit de surcroît faire face à la ruée des habitants de Crimée sortant de la péninsule pour s’y approvisionner ».
Le Kremlin tente de rassurer

« Sur les réseaux sociaux, les Russes se plaignent massivement de leurs difficultés à faire le plein, un paradoxe assez inouï étant donné que la Russie est le troisième producteur mondial de pétrole brut », relève Le Monde.
Face à des automobilistes au bord de la crise de nerfs, Vladimir Poutine tente de rassurer la population. Dimanche 28 juin, le président russe a énuméré les mesures à prendre tout en restant vague sur leur application : « nous relèverons sans aucun doute tous les défis auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui, y compris les attaques terroristes contre notre territoire et nos infrastructures », a-t-il déclaré lors d’une allocution [La Dépêche].
Cette crise intervient dans un contexte économique déjà morose. Une étude menée par l’institut Gallup révèle que « les Russes n’ont jamais été aussi pessimistes pour leur économie depuis 20 ans », titre BFM Business. Selon l’enquête, la confiance dans l’armée et le gouvernement est également en recul : la première est tombée à 66 % « contre 80% en 2022 », la seconde « a chuté à 53%, contre 66% au cours de la même période ».
L’Ukraine, décidée à maintenir la pression

Pour le président ukrainien Volodymyr Zelensky, ces difficultés rencontrées par Moscou représentent « une réponse parfaitement justifiée à tout ce que la Russie fait contre nous. La paix est nécessaire, et c’est exactement ce que la direction russe doit comprendre », a-t-il écrit mercredi sur X [Euronews].
Si ces frappes créent des difficultés intérieures en Russie, il ne s’agit pas pour la défense ukrainienne de baisser la garde. Selon Arthur Kenigsberg, président du think tank Euro Créative interrogé par France Info, « Vladimir Poutine n’est pas véritablement fragilisé par la situation sur le front. Il est surtout fragilisé par son incapacité à arrêter cette guerre en Ukraine ».
Pour Kiev, l’enjeu est de maintenir la pression sur Moscou tout en continuant à obtenir un soutien militaire et diplomatique de ses alliés, notamment à l’approche du prochain sommet de l’Otan les 7 et 8 juillet à Ankara. D’autant que l’Ukraine reste sous la menace d’attaques russes. « La capitale ukrainienne a subi, jeudi 2 juillet au matin, des barrages de missiles et de drones russes qui ont détruit des étages entiers de bâtiments résidentiels et fait au moins 17 morts et 86 blessés, selon le dernier bilan des services de secours ukrainiens » [France Info]. ■ o J.-P. S.











